Le HVO peut-il devenir le carburant de transition des chantiers avant l’électrification massive ?

Alors que la décarbonation des chantiers s’impose comme une priorité pour l’ensemble de la filière construction, une réalité s’impose progressivement : l’électrification, bien qu’essentielle, ne pourra pas répondre à elle seule à tous les usages. Pour les engins lourds, les chantiers isolés ou les opérations nécessitant une forte autonomie énergétique, les moteurs thermiques restent aujourd’hui difficiles à remplacer. Dans ce contexte, le HVO (Hydrotreated Vegetable Oil) apparaît comme la solution la plus immédiatement opérationnelle pour réduire les émissions de carbone sans bouleverser les pratiques existantes.
Publié le 06 juillet 2026 à 9:04 | Modifié le 08 juillet 2026 à 9:19

Le HVO, un biocarburant taillé pour les contraintes du terrain

Parmi les différentes alternatives étudiées ces dernières années, le HVO s’est progressivement imposé comme l’une des options les plus pertinentes pour les matériels thermiques. Produit à partir d’huiles usagées, de résidus agroalimentaires ou de graisses animales, ce biocarburant de deuxième génération présente un avantage majeur : sa composition est très proche de celle du gazole conventionnel. Cette proximité facilite considérablement son adoption. Contrairement à d’autres carburants alternatifs comme le B100, le HVO ne nécessite ni modifications importantes des moteurs ni adaptations spécifiques des procédures de maintenance. Selon les représentants de la filière, près de 99 % des moteurs thermiques récents sont aujourd’hui compatibles avec ce carburant. Pour les constructeurs, cet aspect est déterminant. Les matériels sont commercialisés à l’échelle internationale et doivent pouvoir fonctionner dans des environnements variés, avec des contraintes de température et d’exploitation parfois extrêmes. Le HVO répond précisément à cette exigence de simplicité et de standardisation.

Le défi économique reste entier

Aujourd’hui, le HVO reste sensiblement plus cher que le gazole conventionnel. Les dispositifs fiscaux permettent de limiter l’écart à une dizaine de centimes par litre dans certains cas, mais sans ces mécanismes de soutien, le prix peut atteindre deux à trois fois celui du carburant traditionnel. Or, dans un secteur où les marges restent contraintes, cette question économique est centrale. Les professionnels soulignent toutefois que l’impact sur le coût global d’un chantier demeure relativement limité au regard des bénéfices environnementaux obtenus. Plusieurs entreprises constatent déjà que leurs clients valorisent l’utilisation de carburants bas carbone dans les appels d’offres et les projets à forte ambition environnementale. La question n’est donc plus seulement technique, mais économique et politique : comment créer les conditions permettant d’accélérer l’adoption du HVO tout en garantissant sa compétitivité ?

Le carburant de transition le plus réaliste ?

À court et moyen terme, le HVO apparaît comme le candidat le plus crédible pour accompagner la décarbonation des engins lourds. Compatible avec les flottes existantes, immédiatement disponible, simple à distribuer et capable de réduire significativement les émissions de CO₂, il répond à la plupart des contraintes opérationnelles des chantiers. Mais son avenir dépendra de deux conditions essentielles : la sécurisation des volumes disponibles et la stabilité d’un cadre fiscal permettant de maintenir un écart de prix acceptable avec le gazole conventionnel. Dans cette perspective, le HVO ne remplace pas l’électrification. Il la complète. La filière semble désormais converger vers un modèle dans lequel les petites machines seront progressivement électrifiées, tandis que les biocarburants assureront la transition des engins les plus énergivores. Autrement dit, avant une électrification massive et généralisée des chantiers, le HVO pourrait bien devenir le carburant de transition dont le secteur a besoin pour réduire dès aujourd’hui son empreinte carbone, sans attendre les solutions de demain.

"Le HVO permet une évolution progressive. Nos engins fonctionnent souvent entre 10 et 15 ans, et en enrichissant progressivement le GNR avec du HVO, nous pouvons décarboner progressivement nos activités sans rupture brutale. "
Dominique Chevillard
Directeur technique de la recherche de la FNTP
Dominique Chevillard photo
"Le HVO reste la solution la plus intéressante parce qu'il est très proche du gazole pétrolier en termes chimiques et au niveau des normes. Grâce à sa nature physico-chimique, on arrive aujourd'hui à proposer cette solution sur quasiment 100 % des modèles thermiques disponibles sur le marché. "
Laurent Puybaret
Responsable du service technique, Hygiène et Sécurité de la FICIME
Laurent PUYBARET photo

Retours en images sur cette journée fédératrice

Une journée riche en échanges, en rencontres et en moments forts pour l’ensemble de la filière. Entre prises de parole inspirantes, discussions constructives et instants de convivialité, cet événement a illustré toute la dynamique et l’engagement de notre écosystème.
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