Un secteur en mode projet, où la connaissance se disperse
La construction présente une particularité structurelle : elle fonctionne par projets temporaires. Un chantier se monte, mobilise des équipes et des partenaires pendant plusieurs années, puis se termine. Les collectifs se recomposent, les organisations changent et, trop souvent, une partie de l’expérience accumulée disparaît avec eux.
Contrairement à l’industrie, où un même site permet d’inscrire les outils et les processus dans une logique d’amélioration continue, le BTP peine davantage à conserver et réutiliser l’information d’un projet à l’autre. La connaissance reste encore largement portée par l’expérience individuelle des collaborateurs, plutôt que par des systèmes communs capables de la rendre accessible et exploitable dans la durée. C’est l’une des raisons majeures du décalage entre les promesses de l’IA et son déploiement réel sur les chantiers.

La donnée, véritable matière première de l’IA
Pour produire des recommandations pertinentes, l’IA doit pouvoir s’appuyer sur une information disponible, structurée et exploitable. Or, dans la construction, les données restent encore largement dispersées entre entreprises, logiciels, documents et projets. Lorsqu’un chantier n’est pas suffisamment représenté dans un environnement numérique partagé, difficile d’attendre d’un système qu’il optimise son organisation ou anticipe ses risques.
C’est ici que se situe le véritable enjeu : non plus seulement digitaliser, mais capitaliser. La mise en place d’environnements communs de données, la circulation de l’information entre acteurs et la conservation des retours d’expérience deviennent des prérequis pour passer d’usages ponctuels à une IA réellement intégrée aux processus opérationnels.
Partir des métiers, pas de la technologie
Pour autant, les cas d’usage sont déjà nombreux : optimisation des plannings et de l’enchaînement des tâches, suivi de l’avancement par caméra, analyse réglementaire et contractuelle, maintenance prédictive des machines, optimisation énergétique ou encore simulation de scénarios pour réduire l’impact carbone des choix techniques et du sourcing des matériaux.
Mais une condition demeure : partir d’un besoin métier concret. Chez Leonard, les projets IA sont d’abord évalués selon leur faisabilité et leur intérêt économique avant d’être développés puis, le cas échéant, industrialisés. Une approche pragmatique, d’autant plus nécessaire que le passage d’un prototype à une solution réellement déployée sur les chantiers représente des investissements importants.

De l’expérimentation à une transformation à l’échelle
L’étape suivante pourrait être celle de l’IA agentique : des systèmes capables non plus seulement de générer une réponse ou d’assister une tâche, mais d’enchaîner plusieurs actions au sein d’un processus complet. Sur un chantier, cela pourrait demain signifier analyser en continu les données d’un projet, détecter des risques de retard et proposer des ajustements opérationnels.
Mais cette évolution renforce encore l’exigence de départ : sans stratégie de données, pas de passage à l’échelle. La révolution de l’IA dans le BTP dépendra donc moins de l’apparition de nouveaux outils que de la capacité des entreprises à organiser leur patrimoine informationnel, à faire circuler les retours d’expérience et à former les équipes pour reproduire les cas d’usage d’un projet à l’autre. La technologie est mature ; c’est désormais la structuration collective de l’information qui déterminera la vitesse de transformation du secteur.
Rendez-vous à INTERMAT 2027
Du 21 au 24 avril 2027 à Paris Nord Villepinte, INTERMAT 2027 réunira l’ensemble de la filière du bâtiment et des travaux publics autour des solutions et technologies qui transforment les chantiers. Parmi les 5 pôles d’expertise du salon, le secteur Nouvelles Technologies & Énergies mettra notamment en lumière les innovations liées à l’intelligence artificielle, à l’IoT, au BIM, aux drones, à la robotique, à l’impression 3D et aux nouvelles solutions énergétiques. Un espace privilégié pour découvrir les innovations, confronter les usages et accélérer leur adoption sur le terrain.

